Crafton & Xunk est un jeu pondu par Ere Informatique en 1986 (pfouu).
Un surprenant héros se faufile dans un laboratoire accompagné d'un podocéphale, un être mi homme, mi pied, qui met un pied (pas devant l'autre) devant lui même en faisant des petits bonds rigolos.
Nous sommes en mars 2912, et la guerre menace la Terre. Sur toutes les colonies spatiales, c'est l'angoisse : si une guerre éclate et que Zarxas, l'ordinateur central de contrôle galactique, est détruit, toute vie s'éteindra sur les planètes non autonomes en énergie.
Pour Crafton, androîde spécialiste des missions dangereuses, et Xunk, son fidèle podocéphale, il s'agit de découvrir dans le vaste complexe scientifique souterrain la salle qui abrite Zarxas, pour voler les mémoires satellites relatives aux colonies spatiales.
Les graphismes de C.&X. sont agréablement détaillés, pour l'époque il s'agit d'une belle prouesse de la part des concepteurs du jeu, qui ne manquaient par ailleurs pas d'humour (je fais allusion à la frimousse du podocéphale, des démarches des savants, des robots insolites).
Les looks de nos deux héros sont parfaitement loufoques et attachants à la fois.
Les salles dans lesquelles on évolue sont truffées d'objets à utiliser, et il faudra redoubler d'adresse et de patience pour parfois comprendre comment il convenait de s'y prendre pour passer à l'étape suivante.
Les graphismes sont signés Michel Rho. La faible définition de l'ordinateur (160x200) est largement compensée par de chatoyantes couleurs (16 à l'écran) dans la plupart des pièces du complexe.
Un code de huit chiffres est nécessaire pour pénétrer dans la salle, et chaque chiffre est détenu par un scientifique que vous devez interroger à l'aide d'un des objets disséminés dans le centre. Vous contrôlez les déplacements de Crafton avec la manette de jeu (ou avec le clavier), tandis que quatre touches du clavier permettent de manipuler les objets ou d'appeler Xunk, qui vous accompagne en sautillant autour de vous. Le rôle de ce dernier n'est pas négligeable, puisqu'en observant son comportement, vous pourrez déceler des pièges invisibles déclenchés involontairement par la pauvre bète. Les décors à travers lesquels vous évoluez sont représentés en perspective, et sont peuplés de gardiens, robots ou humains, qui vous feront perdre de l'énergie au moindre contact. Cette énergie perdue peut être récupérée grâce aux cabines holophoniques dispersées à travers le centre. Certains objets, judicieusement utilisés, vous permettront de détruire, de repousser ou de détourner la plupart des créatures rencontrées.
Le complexe comprend une cinquantaine de salles, richement décorées et meublées avec goût, reliées entre elles par des portes qui nécessitent souvent une carte magnétique adéquate pour être franchies. Les meubles et les objets peuvent être déplacés ou empilés à votre gré pour vous permettre d'atteindre des endroits inaccessibles, mais un seul objet à la fois peut être transporté, vous obligeant ainsi à effectuer de nombreuses allées et venues. La notice, présentée sous la forme d'une bande dessinée, nous plonge directement au cœur du scénario mais ne donne aucune information concernant l'utilisation des différents objets, afin de ne pas déflorer le jeu. Le chargement est particulièrement rapide, et pour le même prix, l'autre face de la cassette vous offre une version synthétique de la musique de présentation, d'ailleurs excellente.
L'ambiance de Crafton & Xunk était diablement bien prenante, et il m'est arrivé de scotcher littéralement pendant des heures, langue pendue, à déambuler dans ce monde de 3d isométrique coloré et futuriste.
Le look de Crafton nous ramène dans ces anciennes mouvances cyberpunk qu'on a connu dans les années 80, en tout cas le monde créé ici est très réussi, vous l'aurez compris.
Les jeux vidéos de l'époque, y'a pas à dire, c'était du travail d'orfèvre à tous les étages.
Pas question de sortir un jeu comme ça sans une musique qui en jette. Et la musique, effectivement, en jette terriblement.
Elle est signée Jean-Louis Valero.
Elle m'est restée dans la tête aujourd'hui et je me souviens avoir eu des coups de stress, au travail, en me disant "il faut que j'écoute la musique de Crafton & Xunk. Maintenant."
Là dessus, je lançai un émulateur et j'écoutais, soulagé, la tonitruante mélodie de longues minutes durant.
Les bruitages du jeu sont également de très bonne qualité, et les scènes de jeu sont parfois mieux compréhensibles grâce à la gestion sonore.
J'aurai toujours en mémoire le petit bruit angoissant de l'énergie qui diminue, tandis que le son associé à sa variation va en montant progressivement dans les aigüs, plaçant le joueur en état de stress.
Des heures, des heures et des heures de jeu seront nécessaires pour arriver au terme de l'aventure et de voir la petite scène de fin avec nos deux héros triomphants.
On en avait pour son argent. Pour le sens que ça peut avoir de discuter de la durée de vie d'un tel jeu aujourd'hui, par rapport à comment les jeux ont évolué, et bien on peut dire que là au moins, on en avait pour son argent.
Crafton & Xunk est un jeu d'anthologie sur amstrad CPC. Il a marqué à jamais tous ceux qui l'ont eu dans les mains dans leur jeunesse.
Encore aujourd'hui, il vaut largement le coup d'être testé.